Un des plus grands plaisirs parmi ceux que procurent le monde de la bière est celui du voyage gustatif. Si vous avez déjà humé les parfums de houblons qui remplissent la salle de brasse d’arômes au charme indéniable, il est fort moins probable que vous ayez eu la chance d’assister à une session de fumaison de malt. En attendant de vivre l’expérience, nous espérons que la lecture de cet article vous fera voyager au pays des bières fumées.

Rencontre d’un premier type:

Ramenons nous d’abord à l’automne 2016 alors que nous recevions à la brasserie, Martin Thibault, féru Coureur des boires, pour une présentation diaporama de ses périples brassicoles norvégiens. Lors de cette soirée d’accords gastronomiques explorant divers terroirs de bières et alcools fumés, Martin et notre brasseur Gustavo échangèrent alors sur le potentiel de voir de telles tradition de bières gagner en popularité au Québec, vu son grand territoire forestier et l’abondance de bois de diverses essences. Les bières dégustées ce soir là étaient la rauchbier de Jan-Philippe Barbeau, la grodziskie brassée à l’été 2016 par Le Temps d’une Pinte, et la stjørdalsøl que Martin avait fait importer directement de Norvège.

Rauchbier: style allemand, orge, fumaison au bois de Hêtre

Grodziskie: style polonais, blé, fumaison au bois de Chêne

Stjørdalsøl: style norvégien, orge, fumaison au bois d’Aulne

Cette soirée passée en compagnie du coureur des boires à la passion contagieuse fut l’élément déclencheur qui lança Gustavo vers un projet de brassin de stjørdalsøl québécoise. Des rumeurs de malterie trifluvienne donnait alors espoir à ce dernier de pouvoir faire de la fumaison de malt au bois d’Aulne, ce qui serait semble-t-il une première en dehors de la Norvège.

Les traditions de malts fumés se trouvent à plusieurs endroits dans le monde où le choix de céréales, l’essence de bois ainsi que les techniques de fumaison divergent parfois grandement d’une place à l’autre. Si plusieurs brasseries québécoises se sont aventurées dans des interprétations de rauchbier et plus récemment également de grodziskie, deux bières dont les malts fumés sont accessibles aux brasseurs nord-américains par le biais de grandes malteries européennes, la stjørdalsøl comporte elle un défi d’approvisionnement puisque le malt fumé au bois d’Aulne n’est pas chose commune ailleurs que dans les contrées norvégiennes où cette tradition brassicole perdure dans quelques foyers. Mais justement, quelle est-elle cette tradition ? Pour en apprendre d’avantage, nous vous référerons ici aux articles rédigés par Martin Thibault à la suite de son voyage au pays de la stjørdalsøl:

https://www.lescoureursdesboires.com/voyages/norvege/l’enigme-de-la-stjordalsol/

Rencontre d’un 2ième type:

La culture d’orge brassicole et les malteries québécoises se perfectionnent depuis plusieurs années et les brasseurs se tournent de plus en plus vers l’achat local pour des raisons écologiques et économiques bien sûr, mais aussi pour la valeur collaborative que permet la proximité avec les artisans des divers maillons de la filière brassicole. La dernière malterie à avoir vu le jour au Québec se nomme Le Maltraiteur. Au grand plaisir du Temps d’une Pinte et des brasseries de la région, cette malterie se situe à Trois-Rivières. Le Maltraiteur est sous la direction du créatif et méticuleux Luc Lévesque, un artisan dont le profil de biologiste universitaire et les années passées au sein du Syndicat des producteurs de bois de la Mauricie allaient se révéler très utiles dans notre épopée. La première rencontre de Gustavo avec ce 2ième type représente donc en quelque sorte le portail qui transportera nos protagonistes du rêve vers la réalité.

Rencontre d’un 3ième type :

Si la Mauricie regorge de forêts et de personnages hauts en couleur, il y a plus spécifiquement un village où ces 2 caractéristiques se trouvent dans une symbiose et concentration inégalée. C’est donc à St-Élie-de-Caxton chez un type au très adéquat sobriquet de Brand Scie que Luc et Gustavo ont déniché le bois qui allait servir à la construction de notre  »såinnhus » maison. Le  »såinnhus » est une cabane partagée par les brasseurs de la ville de Stjordal, où ils fument chacun à leur façon leur malt sur un lit de planches trouées d’Épinette de Norvège. La stjørdalsøl est donc une bière dont le malt est étendu sur un lit de planches trouées d’Épinette de Norvège sous lequel on allume un feu de bois d’Aulne en technique dite de fumaison directe.

https://www.lescoureursdesboires.com/voyages/norvege/l’esprit-de-communaute-a-stjordal/

Le bois d’Aulne qui allait servir à la fumaison des malts a pour sa part été coupé sur la terre à bois de Luc aux abords de la St-Maurice. Avec l’orge brassicole agrinature provenant des terres d’agriculteur de Maskinongé, toutes les ressources nécessaires à la production de la première bière du terroir québécois fumée au bois d’Aulne étaient maintenant réunies. Le processus de maltage pouvait maintenant commencé.

Début octobre 2018, Luc fait germer l’orge et Gustavo perce des trous dans les planches d’Épinette qui seront déposées au fond d’un bac de stainless qui sera glissée dans un conteneur industriel et sous lequel un feu de bois sera allumé.

La journée de fumaison a donc lieu quelques jours plus tard et les malts sont acheminés au Temps d’une Pinte quelques jours avant la fatidique journée de brassage du 25 octobre 2018.

Si tout se passe bien, la bière devrait être offerte pour la première fois dans le cadre de la soirée intitulée  »Le goût de la bière fermière » animée par Martin Thibault au Noctem Artisans Brasseurs et qui se tiendra le dimanche 25 novembre 2018 en amont du congrès annuel des microbrasseries du Québec.

Pour les gens de la région, la bière sera lancée le même soir au Temps d’une Pinte.

Bon voyage au pays de l’énigmatique stjørdalsøl !